Reportage : Solidarité Femmes - L’Arbre Fruité : aux racines de l’insertion et de l’accompagnement

Quel est le point commun entre une association de soutien aux femmes victimes de violences et un restaurant solidaire ? A priori, aucun. Pourtant les deux actions partagent bon nombre de valeurs et d’objectifs fédérés par une structure aussi dynamique qu’indispensable : Solidarité Femmes.

Article de février 2014.

Source : un reportage réalisé par la scop La Péniche pour Alpesolidaires

Ils s’appellent Véronique, Frédéric et Aïcha. Ils sont assis autour d’une table, animés d’une bonne humeur communicative. Autour de la salière et de la poivrière, le trio évoque avec une passion certaine « L’Arbre Fruité », le restaurant dans lequel ils viennent chaque jour encadrer l’équipe d’apprentis restaurateurs qui s’activent en cuisine. « Onze personnes sont ici en contrats d’insertion renouvelables pouvant atteindre une durée maximale de 18 mois », indique Véronique Bernerd, chargée d’insertion sociale et professionnelle. « Ce restaurant est ce que l’on nomme un chantier d’insertion. Autrement dit, il sert de tremplin vers l’emploi pour des personnes en difficulté sur le marché du travail. » Espace situé au cœur du quartier de l’Arlequin, à deux pas du collège Villeneuve, L’Arbre Fruité permet d’acquérir non seulement des savoir-faire liés aux métiers de la restauration mais aussi pléthore de savoir-être précieux pour retrouver une place dans l’univers professionnel.
 

Restauration, formation, insertion : un arbre généreux

« Nous servons une quarantaine de couverts tous les midis sur place et nous livrons également des plateaux repas dans l’agglomération grenobloise », explique Frédéric Ottaviano, chef de cuisine. « Nous travaillons avec des produits frais et régionaux tout en proposant un prix modique puisque le repas complet – entrée, plat et dessert – ne coûte que 9 €. » Tous les deux mois, chaque salarié change de poste afin d’avoir une vision globale des métiers de la restauration au terme de son contrat. « L’objectif est avant tout de leur redonner confiance. Mais l’idée est aussi de leur permettre de construire un projet professionnel », affirme Frédéric Ottaviano en jetant un œil bienveillant sur la porte des cuisines d’où émanent quelques rires joyeux.
 
Ici, cultures et parcours individuels se mélangent. De cette mixité, émergent des valeurs essentielles. Tolérance, travail en équipe, entraide et respect sont autant de richesses transmises aux protagonistes au sein de ce restaurant solidaire où Véronique, Aïcha et Frédéric, salariés permanents, jouent à la fois le rôle de chefs, de formateurs et de psychologues. « Nous devons être polyvalents et nous soutenir les uns les autres. C’est très positif que l’équipe puisse nous voir fonctionner ainsi car nous leur demandons aussi d’être polyvalents et de travailler ensemble », évoque Aïcha Ladrada, encadrante technique de salle.

De Solidarité Femmes à L’Arbre Fruité : des racines à la canopée

Grâce aux subventions publiques, L’Arbre Fruité est une aventure humaine qui perdure depuis vingt ans. Créé en 1993 à l’initiative de Solidarité Femmes, ce chantier d’insertion ne représente qu’une branche de l’activité de l’association racine, initialement vouée à aider les femmes victimes de violences. Une mission couronnée de succès puisque l’entité est apparue en 1975 avant de devenir en 1981 une association au sens de la loi de 1901. « Notre action consiste à accompagner, écouter, aider et informer les femmes. Plus globalement, nous luttons également contre toutes les discriminations », précise Véronique Bernerd. « La création de L’Arbre Fruité répondait à plusieurs besoins : disposer d’un endroit convivial ouvert à tous, proposer une restauration bon marché et, enfin, proposer aux femmes, très souvent victimes de discrimination à l’embauche, une occasion de se ré-insérer dans l’emploi. »
 
Si L’Arbre Fruité dépend de Solidarité Femmes, il ne s’adresse toutefois pas au même public, comme l’affirme avec force Véronique Bernerd. « L’association offre une écoute et une mise en sécurité des femmes victimes de violences. Pour elles, l’emploi n’est pas encore une priorité ; il apparaît plus tard dans leur parcours. En revanche, à L’Arbre Fruité, nous accompagnons des personnes souhaitant s’insérer dans le marché du travail. Si ce sont majoritairement des femmes, nous ne refusons pas pour autant les hommes ! » Bien que les deux entités soient distinctes dans leur statut et leur vocation, il existe cependant une porosité entre elles. En effet, les salariés du restaurant bénéficient de certaines actions portées par Solidarité Femmes dans le cadre de Starter, ensemble de services de formation et d’information (cours de français, prévention des violences, inégalités hommes-femmes…).
 

Toujours plus haut !

Grâce à la chance que leur offre L’Arbre Fruité, beaucoup parviennent à renouer avec l’emploi : certains restent dans le domaine de la restauration, d’autres s’orientent vers l’aide à domicile ou entrent en formation. L’existence de la structure depuis vingt ans n’est pas due au hasard mais bien à la pertinence de ses actions et au dynamisme de ses acteurs. La meilleure preuve ? Loin de s’auto-satisfaire, Véronique, Frédéric et Aïcha regardent vers l’avenir en nourrissant un nouveau projet : livrer régulièrement des plateaux repas à des établissements publics ou privés. L’avis est lancé à tous ceux qui souhaitent manger sain et solidaire !

En pratique

  •     L’Arbre Fruité

80 galerie de l’Arlequin – 38100 Grenoble
Tél. : 04 76 22 82 08
Courriel : arbre.fruite@sfgi.fr
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 15h.
Restaurant, plateaux repas, vente à emporter.

  •     Solidarité Femmes

34 avenue de l’Europe – Le Trident, bâtiment D – 38100 Grenoble
Tél. : 04 76 40 50 10
Site web : http://solidaritefemmes38.org
Permanences le mardi et le jeudi après-midis de 13h à 17h.
Espace d’écoute, accompagnement, gestion des situations d’urgence, ateliers conviviaux, groupes de parole animés par une psychologue à destination des femmes victimes de violences et des enfants témoins de violences, cours de français et de mathématiques.

Retrouvez le reportage sur Alpesolidaires.org >>